Librement et également inexistants

    Dans la vraie vie (!), la liberté cesse d’être un mot pour se confronter aux autres, à la nature, aux contraintes. Le résultat est que, pour la plupart d’entre nous, la liberté permise demeure incomplète, bancale. Je suis libre, un peu, de bouger, de penser, de lire, d’écrire, de dire (et encore, cela dépend : on peut dire et écrire, mais pas trop fort et devant peu de gens, sous peine de poursuites judiciaires). Il n’y avait pas besoin d’un pompeux slogan national pour m’autoriser à ce bout de liberté.
Plus remarquable encore (si tant est que l’étroitesse de la liberté soit à remarquer), je constate que je n’ai jamais pesé sur quelque décision importante que ce soit, au-delà des limites de ma famille, que les choix sociaux et politiques, je n’y ai nullement contribué. Et vous? Ces choix ont été formulés en-dehors de moi et malgré moi (extension de l’Europe, rapprochement avec tel pays, guerre avec tel autre, modalités nouvelles des conditions de vie en société, etc.). Que ce soit sur le plan professionnel, politique, européen, mondial a fortiori, mon avis éventuel a “compté pour du beurre”. Je n’ai rien influencé, je n’ai pesé sur rien. J’ai subi les guerres, puis les longues suites des guerres. Aujourd’hui, je subis le choix d’entités floues mais vocalement bruyantes, qui m’intiment l’ordre d’aimer mon prochain s’il vient d’ailleurs, qui m’imposent leurs volontés alors qu’ils ne représentent pas la majorité, mais pile la moitié de la population, … plus quelques-uns, pour faire semblant d’être en démocratie.
De toute ma vie, je n’ai servi à rien, ni aux autres, ni à moi-même. Et quand je dis “aux autres”, je pense évidemment à ceux à qui on ne demande leur avis qu’une fois tous les 4 ou 5 ans. Et encore cet avis doit-il être bref : oui ou non, untel ou untel. Où sont les choix? Avez-vous vraiment l’impression d’avoir été consultés et entendus, disons dans 51 % des cas (comme la “majorité” dont se réclament ceux qui décident pour vous). Votre métier, votre famille, le monde dans lequel vous vivez, ont-ils fait l’objet d’un choix libre … de votre part? Avez-vous été autorisés à évoquer publiquement un problème, à formuler une solution, à la voir réalisée?
Quant à l’égalité, de même que la liberté, elle est approximative, hésitante. Des plus pauvres et des plus malheureux, vous n’êtes sans doute pas les égaux, mais des plus riches et/ou célèbres, des plus intelligents et des plus beaux, non plus. Des médiocres, des moyens, des négligés, par contre, vous êtes, comme moi, l’égal, parce que ceux-là sont aussi nos égaux. Notre égalité à tous n’est qu’une petite égalité de façade, fade, transparente, banale. Comme l’est notre liberté.

Caliban Alexandre

Petit complément à liberté

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